I :
La tradition de l’oraison funèbre
revisitée par Malraux :
Les
principaux
épisodes vécus par Moulin qui font de lui un
martyre puisqu’il fut dénoncé
à la
Gestapo, torturé puis tué.
-
Les indices d’énonciation : Afin
d’être immédiatement
convaincant, A. Malraux s’adresse directement à J.
Moulin, il le tutoie et
emploie des verbes à
l’impératif :
« (…) regarde de tes yeux (…)
regarde glisser sous les chênes (…) regarde le
prisonnier. » Cela crée à
la fois un rapprochement entre Malraux et Moulin, frères de
résistance et fait
de l’auteur le lien magistral entre mort et vivants. Le
pronom « je »
désigne l’auteur : un lien unique relie
les deux hommes dont sont exclus
ceux qui ont « parlé. » Malraux
prend à partie Moulin et lui redonne vie pour
l’éternité. Les verbes sont au
présent et répétés
d’une manière quasi-hypnotique :
« regarde (…)
entre. »
-
Les effets de style :
Les phrases sont très longues
et le rythme est lent pour plus de solennité. La
rhétorique de Malraux repose
sur le raccourci, l’ellipse et le télescopage
d’idées : « regarde,
préfet, surgir dans toutes les villes de France les
commissaires de la République
sauf lorsqu'on les a
tués. » Cela permet une plus
forte tension
dramatique dans un registre lyrique mais aussi des ruptures de rythme
qui
captent l’attention du public et permettent le partage des
émotions.
-
Le
déploiement des images :
« entre ici, Jean Moulin, avec ton
terrible cortège » et le recours
à la prosopopée accentue la grandeur du
destin de J. Moulin. Les allégories et les champs lexicaux
de la mort et du
deuil participent à cet objectif :
« (regarde) tes clochards sortir à
quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter
avec leurs mains paysannes
formées aux bazookas l'une des premières
divisions cuirassées de l'empire
hitlérien, la division Das Reich. »
II :
Jean Moulin : un héros pour la
grandeur de la France :
Le
double
but de l’auteur : rendre un hommage vibrant
à J. Moulin et créer un mythe
qui participe de la grandeur de la France.
-
Le portrait de Jean Moulin :
Jean Moulin nous apparaît
comme un héros « Chef de la
Résistance
martyrisé » ; il est
comparé aux plus rands hommes illustres français
« Carnot, Victor Hugo,
Jaurès. » L’auteur donne
beaucoup de détails sur les atrocités de la
guerre et n’hésite pas dans un trait
d’humour noir à rappeler les tortures
subies par le résistant :
« Regarde le prisonnier qui entre dans une
villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains
il n'a
pas encore entendu parler de la baignoire. »
-
Nous sommes vingt ans
après l’armistice, il
est important de ne pas oublier son action. A. Malraux lui donne son
titre de
« préfet » pour
l’inscrire dans la continuité de la
République et
légitimer son action, mais aussi pour justifier les prises
de position et le
combat du Général de Gaulle désormais
président de la France.