André Malraux
Oraison funèbre de Jean Moulin

19 décembre 1964, extrait

I : La tradition de l’oraison funèbre revisitée par Malraux :

Les principaux épisodes vécus par Moulin qui font de lui un martyre puisqu’il fut dénoncé à la Gestapo, torturé puis tué.

- Les indices d’énonciation : Afin d’être immédiatement convaincant, A. Malraux s’adresse directement à J. Moulin, il le tutoie et emploie des verbes à l’impératif : « (…) regarde de tes yeux (…) regarde glisser sous les chênes (…) regarde le prisonnier. » Cela crée à la fois un rapprochement entre Malraux et Moulin, frères de résistance et fait de l’auteur le lien magistral entre mort et vivants. Le pronom « je » désigne l’auteur : un lien unique relie les deux hommes dont sont exclus ceux qui ont « parlé. » Malraux prend à partie Moulin et lui redonne vie pour l’éternité. Les verbes sont au présent et répétés d’une manière quasi-hypnotique : « regarde (…) entre. »

- Les effets de style : Les phrases sont très longues et le rythme est lent pour plus de solennité. La rhétorique de Malraux repose sur le raccourci, l’ellipse et le télescopage d’idées : « regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République sauf lorsqu'on les a tués. » Cela permet une plus forte tension dramatique dans un registre lyrique mais aussi des ruptures de rythme qui captent l’attention du public et permettent le partage des émotions.

- Le déploiement des images : « entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège » et le recours à la prosopopée accentue la grandeur du destin de J. Moulin. Les allégories et les champs lexicaux de la mort et du deuil participent à cet objectif : « (regarde) tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich. »

II : Jean Moulin : un héros pour la grandeur de la France :

Le double but de l’auteur : rendre un hommage vibrant à J. Moulin et créer un mythe qui participe de la grandeur de la France.

- Le portrait de Jean Moulin : Jean Moulin nous apparaît comme un héros « Chef de la Résistance martyrisé » ; il est comparé aux plus rands hommes illustres français « Carnot, Victor Hugo, Jaurès. » L’auteur donne beaucoup de détails sur les atrocités de la guerre et n’hésite pas dans un trait d’humour noir à rappeler les tortures subies par le résistant : « Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. »

- Nous sommes vingt ans après l’armistice, il est important de ne pas oublier son action. A. Malraux lui donne son titre de « préfet » pour l’inscrire dans la continuité de la République et légitimer son action, mais aussi pour justifier les prises de position et le combat du Général de Gaulle désormais président de la France.

- Un discours à des fins politiques : Au-delà de l’hommage rendu au résistant, l’éloquence du discours de Malraux sert un but politique. Jean Moulin illustre le combat de ceux qui refusèrent d’obéir au gouvernement collaborationniste de Vichy : le Général de Gaulle était leur chef. Il connut beaucoup de difficultés pour asseoir son autorité et J. Moulin fut un de ceux qui se sacrifièrent pour cette dernière.
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